Les Grandes Orgues Cavaillé-Coll

Les Grandes Orgues de Charles Tournemire

Un premier changement très important de l’orgue Cavaillé-Coll a été réalisé en 1930-1933, tant en termes de composition aussi qu’en termes de mécanique, sous la direction du titulaire, Charles Tournemire. Les travaux ont été effectuées par la firme Beuchet-Debierre, en fait la continuation de l'entreprise Cavaillé-Coll-Mutin.

Les raisons
Tournemire, dans une lettre à Carl Weinrich: l’orgue de Sainte Clotilde est en si mauvait état qu’on a décidé de le réparer.
Selon Marie-Louise Langlais dans La restauration de l’orgue de Sainte-Clotilde en 1933. L’Orgue Bulletin des Amis de l’Orgue 2011 – III-IV, nr 295-296:
Mais outre ses défaillances multiples dues à son grand age, soixante-douze ans sans restauration, l'instrument présentait aux yeux de Tournemire certaines faiblesses graves; tout d'abord l'étendue des claviers (54 notes, de l' ut1, au fa5) et surtout du pédalier (27 notes, de l'ut1, au ré3) bien trop courte pour un compositeur du xx" siècle aussi exigeant que lui. Le nombre très élevé de yeux de fonds de 8 pieds et le manque criant de mutations, en particulier de cornets, nécessaires à l’exécution de la musique ancienne qu'il admirait, la relative pauvreté du clavier du Récit dépourvu de mixtures et de mutations, la Pédale très pauvre en fonds, tout cela, bien que conforme à l’esthétique du jeune Cavaillé-Coll de 1859, n'était plus du tout d'actualité en 1930. Tournemire fut l’un des premiers à se soucier du retour à la musique ancienne européenne, en particulier à Frescobaldi, Buxtehude, Cabanilles, Pachelbel, Grigny et Bach, dont il avait joué les oeuvres en concert dès ses trois récitals à Berlin de février 1907.
Donc il ne parait pas impensalbe que, profitant jsutement du délabrement de l’instrument à bout de souffle, Tournemire voulût, plus qu’une restauration ‘pieuse’ selon ses dires, appliquer sans discussion ses idées en matière de facture d’orgues. Il se justifia ainsi dans la notice de l'inauguration de 1933:
Il fallait apporter la plus grande circonspection aux agrandissements relatifs à 10 jeux supplémentaires, et à l'extension des claviers manuels (de 54 notes à 61), du pédalier (de 27 à 32). Là aussi, le travail a été remarquablement exécuté. Cet enrichissement se justifie par le souci que j'ai eu, en conscience, de servir cornplètement l'Art de I'Orgue, du XIIIe siècle jusques à nos jours. En outre, je ne me suis pas interdit de songer aux possibilités futures ...

Les travaux
- Conservation de l'action original, y compris les machines Barker.
- Installation d’un tirage de jeux pneumatique
- Allongement des claviers manuels de 54 à 61 notes (C-c4), et du pédalier de 27 à 32 notes (C-g1)
- Agrandissement et approfondissement de la boîte expressive du Récit afin d’ajouter un sommier supplémentaire (de six jeux) derrière celui de Cavaillé-Coll (avec une troisième machine de Barker?)
- Changement de la composition (un peu plus de 40% ajouté à la tuyauterie originale):
. GO: + cornet V (sur un petit sommier complémentaire); Octave 4' remplacée par une Flûte 4' (c’est peut-être fait en 1962); (complément de la mixture 7r ?)
. Positif: + Tierce 1 3/5'+Piccolo 1' (sur la chape de Clarinette qui a été déplacé au Récit); l’Unda maris est accordée juste et baptisée Salicional; Flûte octaviante 4' transformé dans un Flûte 4' (très adouci selon Tournemire); (complément de la mixture 4r ?); réharmonisation de la viole de gamba
. Récit: Quintaton 16' + Nasard 2 2/3' + Tierce 1 3/5' + Plein Jeu IV + Bombarde 16' + Clarinette 8' (du Positif); + la première octave de la Gamba, manquante d'après Tournemire (l'octave grave était empruntée à un jeu de fond de 8'); Flûte octaviante 4' transformé dans un Flûte 4';
. Pédale : + soubasse 16' + Quinte 5 1/3 (sur un sommier neuf devant la boîte du Récit); Basse 8' transformé dans une Flûte 8’; Octave 4' transformé dans une Flûte 4'
- diminuation de la pression du vent de Positif. Selon Marie-Louise Langlais (source: vidéo), Tournemire voulait réaliser une différence significatif entre GO et Positif (ce qui était plus fort à l'origine que GO). Le résultat était un changement dans l'équilibre entre le Grand orgue et le Positif comparé avec l'orgue connu par Franck et Tournemire (avant 1933).
- Installation d’une nouvelle console avec plusieurs fonctionnalités nouvelles, notamment les 26 cuillères de combinaisons. La pédale d'expression fut recentrée. La mise en place de la nouvelle console était très bien organisé: les jeux de fonds à gauche, les jeux de combinaisons à droite, comme les pédales de combinaisons. Tournemire obtenait la vieille console du curé de la paroisse de Sainte-Clotilde et sa veuve donnait cette console à son ancien ami Flor Peeters (Belgique). À son tour Flor Peeters la donnait par testament au Conservatoire Royal d'Anvers et le Conservatoire l’a donné au Vleeshuismuseum, Anvers, Belgique, où elle est donc maintenant.

La réharmonisation était fait par Michel Mertz et la restauration et l'élargissement de la part mécanique par Berthelot et Thiemann. Prix total, environ de 250 000 francs.

L'inspection a eu lieu le 27 juin 1933 en présence d'Albert Alain, Joseph Bonnet, Paul Brunold, Alexandre Cellier, André Marchal et Félix Raugel. L’inauguration était le vendredi 30 juin en présence du Cardinal Verdier, archevêque de Paris. Le programme de Tournemire: Tiento VII de Cabanilles, Toccata de Buxtehude (BuxWV 156), le troisième Choral de Franck, une première mise en œuvre des deux premiers de ses Trois Poèmes opus 59, Communion de dimanche dans l'octave de l'Ascension de L'Orgue Mystique et une improvisation.

Console 1958 (Jean Langlais)

Langlais: Te Deum (1955)