Les Grandes Orgues Cavaillé-Coll

Les Grandes Orgues de César Franck

L'orgue de César Franck
En 1853, Aristide Cavaillé-Coll conçoit l’élévation du buffet pour l’orgue de la Basilique St-Clotilde, sur la base d’un dessin préalable de la tribune exécuté par l’architecte de l’église (François Gau), en utilisant un dessin ancien qu’il avait réalisé en 1849 pour un orgue dans la cathédrale de Bayonne (cet orgue n’a jamais été construit). Six ans plus tard l’orgue fut achevé en 1859.
En avril 1855, alors que les travaux n’avaient toujours pas commencé, Cavaillé-Coll écrit au préfet afin de lui faire part de son inquiétude. En effet il n’avait toujours pas reçu les plans ultimes pour l’élévation du buffet d’orgue. Ce buffet a finalement été installé à l'été 1857 et Cavaillé-Coll a rapporté en septembre 1857 que presque toutes les parties de l’instrument prévues avaient été exécutées.
Alors que la Basilique a été consacrée le 30 novembre 1857, l’orgue n’a été livré qu’au dernier semestre de l’année 1859. Aucuns documents de cette époque qui relatent les faits ne subsistent aujourd’hui. Toutefois, une reconstitution de la composition issue des sources ultérieures indique clairement que l’instrument, livré en 1859, était très différente du projet initial de 1853.
Les changements les plus importants étaient :
(1) Le changement de disposition des claviers : Dans le projet de 1853, le clavier de Grand-Orgue se situait au deuxième clavier et le Positif sur le premier clavier (Cette disposition fut héritée de l’Orgue Classique Français qui disposait le Positif de Dos au premier clavier afin de faciliter le trajet de la mécanique). Au courant de la construction de l’orgue, Cavaillé-Coll inversa la disposition et mis le Grand-Orgue au premier clavier et le Positif sur le deuxième clavier.
(2) La composition fut agrandie avec l’adjonction de six jeux et l’élimination de certains jeux
(3) La réorganisation de la distribution les jeux de fonds et les jeux de combinaisons. Cette modification impliqua des lors une modification profonde avec la création de sommiers nouveaux*; une deuxième machine Barker au Positif; une modification de la mécanique de notes et des jeux ainsi que l’adaptation de la soufflerie.
Une indication de la l’importance de ces interventions se retrouvent dans les coûts, qui ont été finalement presque 1 ½ fois plus élevés que prévu. Cavaillé-Coll justifia ces coûts plus élevés à l’architecte Théodore Ballu en affirmant que les circonstances étaient très exceptionnelles à cause de la configuration de la tribune et du buffet, impliquant beaucoup plus de travail et de dépenses que prévu.
Il y a plusieurs hypothèses au sujet de ce changement radical des plans originaux de Cavaillé-Coll, qui signifiait un retard de livraison de deux ans :
(1) Changement de l’architecte
Au début de l'automne 1853, l’architecte François-Christian Gau sentant sa fin prochaine, confia l’achèvement de la Basilique à son jeune assistant, Théodore Ballu, qui modifia alors la l’élévation de la façade et des tours. Ces dernières entrainèrent d’importantes modifications concernant la position de la tribune et du buffet, qui amenèrent Cavaillé-Coll à repenser entièrement la disposition spatiale et sonore de l’orgue.
L'architecte Ballu a installé le buffet de style néogothique au second étage d’une haute tribune en chêne, sculptée par Pyanet et Th. Lechesne. Le premier étage a été conçu pour accueillir la Maîtrise. Elle est accessible par un escalier à partir de l'intérieur de l'église. La tribune supérieure (niveau du grand orgue) était desservie par un autre escalier à partir de du narthex de l’église. Cette élévation entraina une réduction de la place consacrée à l’orgue dans le sens vertical. Cavaillé-Coll dut se résoudre à contourner cet obstacle en construisant l’instrument principalement dans la profondeur (vers l’arrière). Le problème de l'espace a été résolu partiellement en avançant les tourelles latérales de l’orgue vers l'avant de la galerie elle-même, pour aérer la disposition du Grand Orgue. Avec un tel agencement, il est clair que l’emplacement élevé et la construction vers l'arrière ont créé un problème important pour la diffusion et la propagation du son de l'orgue vers l'église. De plus avec de telles contraintes, Cavaillé-Coll du se soustraire à placer la console dans une sorte de niche d’où la perception acoustique était des plus mauvaises pour l’organiste.
Probablement en 1853 Cavaillé-Coll ne savait pas ce qui l’attendait au moment où il fit le dessin de l’instrument. En 1855 il écrirait au préfet qu'il ne recevait pas encore les plans ultimes pour le buffet d’orgue. Ces plans confrontaient Cavaillé-Coll à une situation entièrement novatrice alors que la conception de l’instrument était déjà bien avancée. En conséquence, son plan initial n'était plus approprié et il dut y remédier non sans problèmes pour arriver finalement à un résultat satisfaisant.
(2) Influence de l’organiste titulaire César Franck
En 1857 César Franck fut nommé Maître de Chapelle et titulaire prévu du nouvel orgue. Ainsi il aura exercé une grande influence dans ce rôle de l’élaboration et la conception finale d'orgue et sa composition.
(3)| Evolution de la facture de Cavaillé-Coll

Entre 1853 et 1857 Cavaillé-Coll perfectionna ses idées concernant la facture et y ajouta des idées novatrices quant à la conception, la mécanique, les timbres et l’harmonie. Perfectionniste et sans cesse à la recherche de la pointe du progrès, Cavaillé-Coll changeait souvent ses plans en cours de la construction d’un orgue afin d’améliorer sa qualité.
À cet égard, Cavaillé-Coll écrivit ces quelques lignes au sujet de la conception sonore et mécanique à l’époque de la construction de l’orgue de Ste Clotilde : ****
Cet orgue est complètement conçu dans une perspective dynamique en vue d’un gigantesque crescendo. Le Basson-Hautbois du Récit, qui intervient dans la nuance piano, boîte fermée, accouple aux jeux de fonds des autres claviers, est sur la laye des fonds, de façon à réserver celle des jeux de combinaison aux anches de batterie. Pour jouer de plus en plus fort, il suffit à l’organiste de tirer presque tous les jeux (ceux composant le grand chœur), de fermer la boite du Récit (fonds+hautbois), de mettre l’accouplement Récit/Grand Orgue – mais cela ne fonctionnait pas à Sainte Clotilde - et de jouer au Grand Orgue, puis d’ajouter l’accouplement Positif/Grand Orgue, puis l’appel Grand Orgue, puis, parvenu à ce stade, d’appeler les jeux de combinaison du Positif et enfin du Grand Orgue et de la Pédale. Il y a deux tirasses, celle du Positif entraine l’accouplement Récit, celle du Grand Orgue entraine l’accouplement Positif, on aura soin de ne mettre la tirasse Grand Orgue qu’au moment de jouer sur ce clavier. Certains auteurs et interprètes remarquent l’absence de Tirasse Récit et d’accouplement Récit/Grand Orgue, qui sont inutiles dans la mesure où les accouplements Récit/Positif et Positif/Grand Orgue fonctionnent en cascade.

L'orgue fut harmonisé par l’harmoniste Gabriel Reinburg. L'inauguration de l’orgue** a lieu le 19 décembre 1859 par Louis Lefébure-Wély et César Franck, qui interpréta son Finale et le Prélude et Fugue en si mineur de J.S. Bach. Le chanoine Hamelin, curé de la paroisse, procéda à sa bénédiction.
Entretien de l’orgue 1859-1933
L'orgue a été entretenu en 1891 (sans changements importants) et à une date inconnue au début du XXe siècle (à ce moment-là, le Pédale d’orage (ou Appel GO) a été remplacé par un Tirasse Pédale - Récit) par Charles Mutin (le successeur de Cavaillé-Coll). C’était probablement à cette période que la cuillère à crans qui commandait l’ouverture de la Boite-Expressive du Récit en 3 positions fut remplacée par une Pédale à bascule. L’entretien régulier (c’est-à-dire les diverses petites réparations, accords, réglages mécaniques) fut assuré jusqu’en 1933 par la Maison Cavaillé-Coll et successeurs.
Ainsi, avant les grands travaux en 1933, l’orgue n’avait pas bénéficié de grands changements majeurs et se trouvait dans un relativement bon état au moment de la nomination de Charles Tournemire. ***


* Il ’est possible que plusieurs parties de cet orgue selon le dessin de 1853 ont été utilisé pour l'orgue de Saint Martin de Bergues, construit en 1858 par Cavaillé-Coll.
** Helga Schauerte estime que l'orgue n'a été terminé qu'en l'automne 1863, le moment que Franck était nommé titulaire (Helga Schauerte-Maubouet Théodore Dubois et César Franck à Sainte-Clotilde La tradition musicale de la basilique Sainte-Clotilde de Paris L’Orgue n° 278-279 (2007/II-III) 7-14 ISSN 0030-5170)
*** Témoignage de Charles Tournemire dans le programme d'inauguration (1933): ): L’orgue de Sainte Clotilde, inauguré en 1859, ne subit, depuis cette époque, que deux 'relevages'... en 1898, date à laquelle l'auteur de la présente notice, M. Charles Tournemire, prit possession de cette chaire. Dès ce temps-là, l'état de l'orgue réclamait des soins constants.
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Source : Roland Galtier Innovations techniques et musicales chez Cavaillé-Coll des débuts à l’orgue de Sainte-Clotilde. Revue « La Flûte Harmonique » Numéro 97 Association Aristide Cavaillé-Coll, Paris, 2015.

Console originale

Composition 1859

Témoignages de Vierne, Duruflé, Dufourq, Marchal, ....

Enregistrements 1930-1932

Le monument commémoratif de César Franck

Le monument en mémoire de César Franck au square de la Basilique
Un monument en mémoire de César Franck fut inauguré, le 22 octobre 1904, dans le square jouxtant la Basilique Sainte-Clotilde. Le square dénommé « square Samuel Rousseau » honore le maître de chapelle de la basilique. Ce dernier fut en poste de 1882 à 1904.
Le monument fut érigé en 1891 et son exécution fut confiée au sculpteur Alfred Lenoir, membre de la Société des Beaux-arts et officier de la Légion d’Honneur. Deux discours mémorables furent prononcés par Vincent d'Indy et de Justin Germain Casimir de Selves, préfet de la Seine, qui remirent le monument à la ville de Paris.
Le corpus a été réalisé dans un seul bloc. Il représente César Franck assit face à une console d’orgue, en train de chercher l’inspiration pour l’écriture de ses compositions. Dans ses pensées, il est guidé par un ange qui tient un phylactère où est inscrit le nom de ces principales œuvres. Gravement endommagé lors de la tempête du 26 décembre 1999, il a été entièrement restauré par la ville de Paris et trône à nouveau à l’ombre de la Basilique, pour la plus grande joie des organistes et mélomanes.

Statue de César Franck au square Samuel-Rousseau

photo: Klaas Schippers, Lisse

La Tombe de Franck au cimetière du Montparnasse

César Franck s’éteint au milieu des siens au petit matin du 8 novembre 1890, au no 95 du boulevard Saint-Michel, où il résidait depuis 1865. Initialement inhumé dans un cimetière se trouvant dans la banlieue parisienne, il repose maintenant au cimetière du Montparnasse, tout près de la sépulture d’Aristide Cavaillé-Coll. Le tombeau a été dessiné par l’architecte Gaston Redon (1853-1921) et le médaillon de sa sépulture a été réalisé par Auguste Rodin.
Le tombeau, érigé en 1891, en forme de chapelle, est orné de bas-reliefs sculptés où figurent des entrelaces végétales. L’arrière est orné d’une croix grecque. Le médaillon sculpté par Auguste Rodin (Paris, 1840 – Meudon, 1917) dont on peut lire la signature, est en bronze. L’original du médaillon ayant été volé une première fois puis restitué (et mis à l’abri), c’est un tirage moderne, de 1995, qui orne la tombe. Si on tourne un peu, on s’aperçoit que le portrait est réalisé en haut relief et le visage de César Franck apparaît en entier avec ses favoris qui descendent assez bas, laissant juste le menton glabre.

Tombe de Cesar Franck à Cimétière Montparnasse